Passion – Compétence – Marché : le triptyque au coeur de la réflexion de nombreuses personnes se posant des questions sur un passage au non au statut d'(auto)entrepreneur.

Les premiers chiffres surprenants du chiffre d’affaires moyen des auto-entrepreneurs n’arrêtent pas de m’interroger (pour mémoire, voir un précédent post ici).

Pour tenter d’aider les personnes se posant la question de la création d’entreprise, dont l’appel de l’indépendance se fait sentir après une période de salariat ou d’études, pour les personnes hésitant à se lancer dans l’aventure de l’entrepreneuriat ou de l’auto-entrepreneuriat, voici une façon de prendre le problème (ce n’est pas la seule et elle n’est pas suffisante, mais disons qu’elle permet une première analyse, voir un premier Go/NoGo).

Considérons le triptyque suivant :

Passion (hobby) / Compétence (expertise) / Marché.

En fait, c’est plutôt un entonnoir. Le mieux serait de le représenter comme suit :

Passion ► Compétence ► Marché
 

Le futur entrepreneur n’échappera pas à une analyse en suivant ce processus.

(Note : d’autres chemins existent, mais mon propos ici est de simplifier le sujet, pour donner une première piste, suffisamment générale pour être pertinente pour un grand nombre de « candidats à l’indépendance »).

Partons de la passion. Beaucoup de communicants, de nombreuses publications et articles sur l’entrepreneuriat mettent en exergue l’importance de la passion…la passion comme point de départ. « Si vous n’êtes pas passionné, ce n’est pas utile. L’aventure est trop difficile, etc. ».

On peut parler en effet de passion « historique » ou d’une « nouvelle » passion de circonstance. Mais souvent, et je le vois souvent dans différents lieux d’information et d’accompagnement des futurs créateurs, les personnes en réflexion pensent en premier lieu à leur passion « historique » (ce qu’elles aiment faire, leur hobby).
Au-delà de la passion, on peut aussi très bien se référer à une expérience vécue, une expérience particulière.

Je vais illustrer ici mon propos en prenant le cas d’une personne passionnée par la photographie. Une personne se disant donc « photographe amateur éclairé ». Mais cela pourrait être une personne adorant les chiens, ayant de fortes attaches avec les personnes âgées, passionnées par les enfants, le dessin, épris de modélisme, de tricot, etc.

 

  • 1 – Le temps de la passion

Très souvent, les personnes souhaitant créer leur emploi (j’englobe par cette dénomination toutes les typologies citées ci-dessus) ont un réflexe commun : elles partent de leur passion, de leur hobby.
Et c’est parfait. La passion est un vrai moteur. Une passion permet au passionné de « durer », « d’endurer », d’associer « sens » avec activité, etc.

Que se disent la plupart des personnes en réflexion sur ce sujet ? Prenons notre témoin, photographe amateur. Que se dit-il ?


« Je fais de la photo depuis plusieurs années. Tous mes potes et toute ma famille trouvent mes photos super. J’en ai des centaines en stock qui valent le coup. J’adore me balader avec l’appareil photo, partir loin pour shooter, etc. Et que de nuits à passer sur Photoshop ou en labo…du bonheur. J’aurais adoré être photographe de guerre comme James Nachtwey ou Stanley Greene. Mais bon…c’est trop tard et puis vu l’état de la presse, c’est pas le moment… Par contre, plus je vois les salons photos, plus je lis les magazines spécialisés, plus je me dis que je pourrais vendre mes tirages… ».

Voici un point de départ. Voici comment peut germer l’envie d’aventure…
Une passion et l’envie de faire se rejoindre plaisir et rémunération.

Corsons un peu le sujet et posons-nous maintenant la question des compétences.

Passion Compétence  Marché

  • 2 – Le temps de la réflexion sur ses compétences, sur son expertise

Après avoir « fait le constat de leur passion », les personnes en réflexion doivent aller un cran plus loin et se demander quelles sont les compétences qu’elles détiennent associées à cette passion.
Je ne parle pas de compétences résolument distinctives (même si c’est encore mieux) mais à minima, de compétences bien définies, bien cernées et bien communicables (pour rassurer l’interlocuteur, pour monter en légitimité, etc.).

Revenons à notre passionné de photos. Quelle analyse peut-il faire ?

« Bon, je maitrise bien sûr les techniques de prise de photos au réflex. Je suis au numérique depuis 10 ans déjà. J’ai une certaine vision personnelle du cadrage, venue sur le tard, une « touche » personnelle, tout ça sans formation particulière. Je maitrise la technique du tirage d’art même si je fais souvent confiance à l’imprimante pro que je viens d’acheter. J’ai déjà réussi à mener à bien deux commandes, je peux donc me concentrer sur un sujet comme un photographe pro. Et j’oubliais, j’ai même joué le photographe de mariage récemment. Etc., etc. ».

NDLR : sans avoir vraiment distingué de compétences distinctives, notre témoin se sent « en contrôle ». Il pense donc pouvoir vendre des tirages. Des premières expériences réussies l’encouragent. Il est en confiance
NDLR 2 : déjà à ce stade, certaines personnes, pourtant passionnées bloquent… « A oui, c’est vrai ça. Je n’arrive pas trop à définir clairement des compétences associées à ma passion. Ce n’est vraiment pas évident comme exercice…en fait, je ne vois pas trop, etc. ». D’où un besoin d’aide pour tenter de définir ces compétences ou un constat réel d’absence de réelles compétences liées à sa passion.
NDLR 3 : bien sûr, des questions supplémentaires peuvent se poser comme « si je ne détiens pas telle ou telle compétence, je peux aller les rechercher à l’extérieur (mais comment, ou ?) ».

Et voilà que la troisième étape se profile…existe-t-il un marché ? (avec pourquoi pas des questions telles que « suis-je en position d’en créer un s’il n’existe pas ? », mais ce n’est pas le sujet d’aujourd’hui !)

Passion Compétence Marché

 

  • 3 – Le temps du marché (pourtant encore une étape intermédiaire) : existe-t-il un marché ?

Un jour ou l’autre…tout futur entrepreneur doit rencontrer un acteur, quel qu’il soit dans son écosystème, qui devra accepter de payer pour l’offre proposée. Et ce, pour que l’entreprise créée soit alors légitimisée et existe, tout simplement.

Résumons : j’ai donc une passion. Je me suis posé la question de mes compétences. Me voici donc à la troisième étape du processus : comment lier ma passion et mes compétences à un marché ?

Passion Compétence Marché

Où sont les clients potentiels ? Qui sont-ils ? Ont-ils révélé leur besoin ? Sont-ils en souffrance ou sont-ils déjà servis ? Si ce ne sont pas les clients directement utilisateur, qui accepterait de payer pour mon offre ? Etc., etc.

Reprenons l’aventure de notre passionné de photographie :

« Bon, mes clients sont potentiellement « tout le monde »…Par contre, comment les toucher ? Je pense à un site internet de présentation de mes photos, avec payement en ligne et j’assure le tirage et l’envoi…mais comment faire émerger mon site au milieu des milliers de sites de photographie…je n’ai pas un sou pour la communication (ni le temps de faire du buzz avec mes petits doigts sur le clavier). Ah mais je pourrais aller sur les brocantes ou puces d’art. Ok mais ça permet de toucher que très peu de personnes…et elles ont toutes lieu au printemps. Bon…Les banques de données qui regroupent des centaines de photographes….j’y crois pas. Elles vendent très peu et la marge laissée aux photographes est faible. Qui d’autre pourrait payer pour mes photos ? Les pros qui accueillent leurs clients ? Tiens, pourquoi pas. J’ai des clichés supers pouvant tout à fait coller dans une communication développement durable par exemple (superbes paysages vierges, etc.). Mais comment toucher ces acteurs ? Faire du porte-à-porte ? Utiliser mon réseau professionnel ? Ah mais j’avais oublié un autre de mes atouts…mon ami d’enfance est à la tête d’un réseau d’agences immobilières…pourquoi ne pas cibler ces agences dans un premier temps et leur proposer une décoration de qualité ?…etc. etc. »

Des variantes existent, bien sûr. Mais j’ai tenté ici d’illustrer ce que pouvait être un premier raisonnement pertinent.

Et petit bonus final : si le processus passion (hobby) ► compétence (expertise) ► marché a été parcouru, l’aventure ne fait que démarrer.

Voici l’étape suivante : il « ne reste plus qu’à » formaliser une offre complète : un service/produit, maitrisé dans sa conception et sa production, s’adressant à des clients bien définis & dans un univers donné, associé à un processus de commercialisation défini, et le tout, associé à une rentabilité estimée.

 

En résumé : les futurs (auto)entrepreneurs partent trop souvent de leurs propres envies, expériences, passions sans se poser d’emblée la question très concrète et très opérationnelle de leur(s) expertise(s), du marché et de leur capacité à l’atteindre. Attention à ce piège !

 

Une réponse à “Devenir indépendant ou auto-entrepreneur : pièges à éviter dans les premières étapes de la réflexion”
  1. Il est vrai que devenir un travailleur indépendant est le rêve de tout salariés qui souhaitent gagner un peu plus leur vie. Néanmoins, être indépendant demande beaucoup de volonté et de courage afin de réussir à trouver des clients potentiels vue que la concurrence est vraiment très rude. Le plus difficile pour les travailleurs indépendants est surtout d'avoir de la crédibilité et de notoriété.

  2.  
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